Le ma (間) est l'idée japonaise de l'intervalle qui a du sens. C'est l'espace vide, la pause, l'écart entre les choses. Le ma n'est pas un vide à remplir. Il a une valeur propre. C'est le silence qui donne sa forme à la musique, le blanc qui laisse respirer une peinture et la pause qui donne du poids à une phrase. Le ma est l'une des idées les plus typiques de l'esthétique japonaise, et l'une des plus difficiles à saisir.
L'espace entre
Le caractère 間 dessine lui-même l'idée. Sa forme la plus ancienne montrait une porte (門) avec la lune qui brillait dans l'ouverture. Plus tard, le soleil a remplacé la lune. Il désigne un espace, une ouverture, un intervalle dans le temps ou dans l'espace. Dans la pensée japonaise, cet entre-deux n'est pas rien. Le vide est actif et fécond, et la valeur d'une chose tient souvent à l'espace qui l'entoure. Une pièce se définit par son vide autant que par ses objets. Une relation vit dans la distance que deux personnes gardent entre elles. Même le mot « être humain », ningen (人間), contient 間, « l'espace entre les personnes ».
Le ma dans les arts et la vie
Une fois qu'on sait le chercher, on voit le ma partout. Dans la peinture à l'encre, le blanc du papier (yohaku, 余白) que le peintre ne touche pas compte autant que les coups de pinceau. En architecture, les panneaux coulissants et les pièces nues aux tatamis font du vide un choix délibéré. En musique et dans le théâtre nō, le théâtre masqué classique du Japon, le silence (沈黙) et la pause tenue comptent autant que le son ou le mouvement. On juge un maître à son sens du temps, à sa maîtrise de l'intervalle. Dans la conversation, un silence réfléchi peut dire plus que des mots, et se précipiter pour combler chaque pause paraît maladroit. Le ma est l'art de l'intervalle. Il faut de l'assurance pour ménager de l'espace et le laisser parler.
Mots et expressions à retenir
Idiomes et proverbes à emporter
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余白 (yohaku) : « blanc, marge », surtout les zones vides qu'un peintre laisse exprès. C'est la forme visuelle du ma.
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人間 (ningen) : « être humain », qu'on écrit « personne » + « espace entre ». Le mot conçoit la personne comme un être qui vit dans l'espace qui la relie aux autres : une trace discrète du ma dans un mot de tous les jours.